[Burundi] Petit pays, par Gaël Faye


Le petit pays ici, c’est le Burundi des années 80-90,  qui, au début du roman, semble être un havre de paix, au milieu du chaos qui régnait chez ses voisins rwandais et congolais.

L’histoire est celle du petit Gabriel, né d’une mère réfugiée Rwandaise au Burundi et d’un père français, vivant avec insouciance son enfance. De prime abord, ses seules préoccupations sont celles de tout enfant, mais il sera amené à s’adapter à son environnement qui, lui, change peu à peu.

A Bujumbura, des bureaux aux cours de récréation, les messes basses se muent en discours haineux, et on ne sait plus si en ces temps périlleux il vaut mieux être Hutu ou Tutsi,  pour le pouvoir en place ou pas,  humain ou pas.

« – La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire?  

– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

– Alors… ils n’ont pas la même langue? 

– Si, ils parlent la même langue. 

– Alors, ils n’ont pas le même Dieu? 

– Si, ils ont le même Dieu. 

– Alors… Pourquoi se font-ils la guerre? 

– Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »

 

Les yeux d’enfants de Gabriel (dit Gaby) décrivent à merveille l’absurdité du conflit au milieu duquel se retrouve son pays, mais pas que. Témoin de deux guerres jumelles (Rwanda et Burundi) qui chambouleront sa quiétude, celles-ci n’emporteront pas seulement ses amis, son oncle, ses cousins, elles emporteront également sa mère, traumatisée à jamais, qui finira prisonnière de ses souvenirs de « survivante ».

 » Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

 

« Petit pays » fait partie de ces livres de ma bibliothèque personnelle que je lirai, et relirai, avec plaisir. Tout le long, nous vivons l’histoire, et nous regrettons avec Gaby cette époque bénie où l’ethnie et le parti politique ne faisaient pas s’entre déchirer des fils de la même Terre.

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Et la fin, cette fin qui, à la toute dernière page, nous étreint la gorge et nous laisse pantois… Pourrais-je en parler sans trop en dévoiler? Non, je ne pense pas. Donc tout ce qu’il vous reste à faire c’est de vous le procurer au plus vite: il n’y a aucune chance d’être déçu ou de rester sur sa faim.

 

Le seul bémol (qui n’en est pas vraiment un) c’est que pour moi, qui connais et suis Gaël Faye depuis quelques années comme rappeur-chanteur (et je conseille vivement son album « Pili pili sur croissant au beurre »), j’ai beaucoup de mal à ne pas confondre Gaël et Gabriel.

pili pili

En effet, Gaël Faye a bien des similitudes avec son personnage, étant lui-même Burundais, métis, avec un père français et une mère rwandaise, fuyant la guerre avec sa famille… de quoi penser à une autobiographie.

(Mais l’auteur a assuré le contraire à plusieurs reprises alors non Izuwa, ce n’est définitivement pas sa propre histoire.)

 

 

Nombre de pages: 215

Editeur: Grasset

Extra: https://www.youtube.com/watch?v=XTF2pwr8lYk

 

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3 Commentaires

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  1. 3
    lesbilletsdesika

    Je suis encore bouleversée par cette lecture. Des phrases simples, mais pourtant, poignantes. Un décor banal, Mais si chargé de sens…Gael Faye a réussi avec brio ce premier roman. Pas étonnant, quand on le connaît en tant qu’artiste!!

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