[Société] L’Etat fédéral d’Afrique Noire: La seule issue – Théophile Obenga


Le Professeur Obenga nous livre à nouveau, quelques années après son « Appel à la jeunesse africaine », un petit manifeste de la pensée panafricaine.

Dans ce court ouvrage aux forts accents afro-optimistes, qui est en fait un développement, un approfondissement, du discours qu’il a tenu lors d’un colloque abidjanais, il n’est question que d’une seule chose: la nécessité de créer un Etat Fédéral d’Afrique Noire.

Il dresse tout d’abord une méthode pour y parvenir (distinction de l’accessoire et de l’essentiel), puis définit (brièvement) les contours du monde contemporain et sa géopolitique, et enfin aborde les enjeux sociaux, politiques et économiques qu’implique l’Union de l’Afrique.

C’est un ouvrage bref, clair, qui peut sembler expéditif, pourtant la pensée Obenguiste – excusez le néologisme – est beaucoup plus consistante et intéressante que ce qui ressort de ce livre un brin alarmiste.

Pour se faire une véritable idée, je vous conseille de suivre le passage du Professeur à l’université de Kinshasa, où il a défendu le thème de ce livre (cf lien ci-dessous, à partir de la 22ème minute).

https://www.youtube.com/watch?v=ntkaFPbLBrg

Le petit plus?

Les 9 dernières pages sont des photographies/peintures des grandes figures du panafricanisme Africaines, Antillaises et Caribéennes.

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Mon avis sur les Etats Unis d’Afrique (EUA), bien que semblable à celui défendu par Obenga en bien des aspects, est différent du sien sur un petit point fondamental: sa détermination de l’essentiel et de l’accessoire dans la marche à suivre pour atteindre l’unité.

L’auteur qualifie d’accessoire tout ce qui est crises post-électorales, guerres civiles, etc, et qui selon lui nous distraient de l’essentiel qui est la formation des EUA (qui pour lui devrait se faire à l’horizon 2020 – « à l’horizon »). Quelle utopie!

Que seraient des EUA sans, au préalable, une profonde restructuration de tous les Etats-nations d’Afrique? 

Je ne vois pas comment cet Etat fédéral pourrait être fort, durable, et véritablement uni si la majorité des nations qui le composeront n’ont pas d’abord atteint un certain niveau de maturité. La situation de l’Afrique est aujourd’hui telle, qu’une union prématurée ne saurait être à l’image des idéaux souhaités et véhiculés par les Pères du panafricanisme.

Il y a une multitude de freins, d’obstacles (voir points ci-dessous), qui doivent d’abord être réglés avant de songer à l’Union: c’est une condition sine qua none.

  • Les Etats africains, assujettis à outrance à l’Occident  l’Oxydant, avec la complicité de leurs dirigeants (Côte d’Ivoire, Gabon, Togo, Namibie, Sierra Leone, Cameroun, et bien d’autres) ne peuvent pas faire partie d’une Union, au risque de transformer les EUA en « grande sœur » de l’Union Africaine. En réalité, tous les pays africains subissent encore l’impérialisme occidental, mais à différents niveaux. Ainsi certains pays sont plus prêts que d’autres pour une éventuelle union (Ghana, Zimbabwe, Ouganda, Kenya, Nigéria?, etc) quand d’autres (ceux cités plus haut) seraient des « chevaux de Troie » au sein des EUA, placés là au service des pays du Nord.
  • Le terrorisme, nouveau défi de l’Afrique (Al Qaida au Maghreb Islamique, Boko Haram, les Al Shebab, etc), pourrait se généraliser en cas d’ouverture totale des frontières car jusqu’à lors il y a eu une régionalisation des attaques (Nigéria, Cameroun, Est de l’Afrique, et Afrique Sahélienne), avec pour seules exceptions les attaques de Grand Bassam (Côte d’Ivoire) et de Béni (RDC).
  • La langue, avec des pays anglophones, francophones, lusophones, et hispanophones, est également un obstacle considérable car il est clair qu’une Union précoce, avec différentes langues parlées,  ne changerait rien aux frontières d’aujourd’hui. Rien ne peut autant séparer deux peuples que le fait de ne pas parler la même langue. Quelle issue à cette problématique? Une langue africaine commune (sachant que le swahili est la plus commune de toutes)? Ou l’anglais comme langue administrative de tous?
  • Le système éducatif, très hétérogène d’un pays à l’autre et parfois même au sein du pays.
  • Les infrastructures routières, ferroviaires, et aéroportuaires, qui ne sont pas au point, et qui ne faciliteront pas les échanges d’Est en Ouest et du Nord au Sud. Soit il faudra passer par des sentiers, soit avoir suffisamment de moyens pour profiter pleinement (socialement et économiquement parlant) de la suppression des frontières arbitraires.
  • Corruption, clientélisme, montée du nationalisme, fuite des cerveaux & immigration clandestine, exode rurale, raréfaction des ressources naturelles, déforestation, pollution des côtes par les multinationales, etc

Le premier obstacle (les dirigeants africains qui assujettissent leur pays et peuple au nom des intérêts occidentaux), est pour moi le plus important de tous, car à partir de celui là, tous les autres pourront être surmontables. Et le seul moyen d’y parvenir est la sensibilisation des populations.

Depuis plus de 50 ans que les idées autour du Panafricanisme, de la Renaissance Africaine, de l’Etat fédéral sont abordées, elles restent obstinément l’affaire, l’idéal, sinon le fantasme, d’une élite africaine, instruite, souvent ne vivant pas sur le continent et ne pouvant pas se faire comprendre pas les masses (cloisonnés dans leur jargon scientifique et sociologique).

Le véritable challenge de notre génération ne sera pas de construire les EUA comme l’entend le Pr Obenga. Non. Notre défi à nous sera de lancer les prémisses concrets de cette idée d’EUA, loin des salons feutrés, des conférences bruxelloises ou parisiennes, non plus sur Internet ou dans des ouvrages aux longueurs encyclopédiques, mais sur le terrain. Sur le terrain pour favoriser la révolution des consciences , et pousser à coups de balai tous ces dirigeants dépassés qui gèrent NOS PAYS dans le seul but de les appauvrir, quand eux s’enrichissent et laissent nos ressources entre les mains avides de l’Occident l’Oxydant.

Ce gros travail de sensibilisation a déjà été enclenché par quelques grands frères, surtout Lascony Nysymb qui sillonne les quatre coins du monde au nom de l’Unité Africaine, mais nécessite davantage d’âmes dévouées.

Voici à peu près 30% des pensées que m’ont inspirée ce petit livre. En le refermant, j’ai été pleine d’incertitudes concernant mon beau continent, livré à lui-même face aux difficultés qui sont les siennes. Ce sera difficile, mais pas impossible. #AfroOptimismeMesuré #Réaliste #Mais #Optimiste 🙂

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En bonus: Quelques passages du livre avec lesquels j’ai été « foncièrement d’accord » (si cette expression ne se dit pas, j’en suis désolée)!!

« Si la génération actuelle, responsable des destinées de l’Afrique Noire, est incapable de faire en sorte que l’Afrique noire rencontre son destin panafricain, alors les générations africaines à venir auront d’immenses obstacles, presque impossibles à vaincre. […] 

L’Afrique doit donc faire vite. Il est devenu une exigence, pour les Africains, de vivre avec l’idée ou le sentiment existentiel de l’accélération de l’histoire. C’est à dire l’idée maîtresse du temps qui court et ne saurait attendre les timorés, les indécis, les hésitants, bref, tous ceux qui ne cultivent pas l’audace, la témérité, le courage et sont pauvres de toute ambition grandiose pour l’Afrique noire. »

Et aussi:

« L’Occident, agressif, hégémonique, pauvre en matières premières, ne cherche que la néo-colonisation de l’Afrique (guerres, massacres, plans d’ajustements structurels, pillage des ressources, bases militaires, politique linguistique dominatrice, statistiques mensongères, etc). L’Occident s’octroie toujours le droit, indu, de s’immiscer dans les affaires intérieures africaines, pendant que les gouvernements occidentaux eux-mêmes sont corrompus. » 

 

Nombre de pages : 69

Editeur: L’Harmattan