[Focus] Black Panther, dithyrambe de l’Afrique ou ultime propagande américaine?

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce review de Black Panther. Pourquoi ? Parce que c’est un film, et non un livre. En plus, c’est un film à la portée dense, et je n’aurais pas assez d’un article pour en définir tous les contours. Mais qu’à cela ne tienne, je vais quand même (tenter de) me livrer à cet exercice.

Black Panther (BP), le film, est une adaptation de la bande dessinée du même titre créée par Stan Lee en 1966. BP est un héros noir, africain, qui prend la tête d’un royaume imaginaire, le Wakanda, après la mort de son père. Le Wakanda est dans l’univers Marvel le pays le plus riche et le plus avancé technologiquement. Les wakandais, afin de préserver leurs ressources (le vibranium notamment) et leurs savoirs intacts, ont préféré se terrer au fin fond de l’Afrique afin d’échapper à l’appétit gargantuesque de potentiels colonisateurs 🙂

A travers BP, l’étendue de la culture africaine est largement mise en avant, et répond au besoin ardent de la diaspora africaine et des afro-descendants d’être davantage représentés dans les médias « mainstream ». Au sein d’une communauté noire qui connait des troubles identitaires et une forte aliénation (cf Peaux noires, masques  blancs de Frantz Fanon), Black Panther agit à la fois comme un baume apaisant, et comme une piqûre de rappel.

Cela fait un bien immense de ne pas voir à l’écran un noir qui interprète soit le rôle de l’esclave, soit le rôle du gangster, soit le rôle de l’ami plein d’humour qui meurt en premier dans les films d’horreur ! Sans oublier le tournant sans précédent que vient de prendre le cinéma hollywoodien : premier film avec 80% d’acteurs noirs (dont les têtes d’affiche), avec en plus à la production un noir américain, Ryan Coogler, et un budget de plusieurs millions de $. Nous vivons, actuellement, un bond en avant incroyable dans la diversité au sein des médias.

Et en toute honnêteté, je préfère 1000 fois voir ma petite nièce s’identifier à Nakia (copine de Black Panther, jouée par Lupita Nyong’o <3 ) plutôt qu’à une Blanche-Neige, Cendrillon, ou que sais-je! #RepresentationMatters

 

Ensuite, dans Black Panther, il y avait plusieurs messages nuancés, et des multiples clins d’œil à la culture africaine et à nos savoirs ancestraux… ceux qui ont les yeux pour voir, l’ont vu.

Ce que j’ai vu, c’est Black Panther en train de consommer IBOGA, appelée dans le film « l’herbe-cœur », qui est en réalité une plante dite hallucinogène, et qui permet de communiquer avec des esprits, des personnes décédées, et de pouvoir interpréter (voire résoudre) certaines situations « bloquantes » de la vie. Iboga permettrait aussi de résoudre les problèmes de dépendance (à toute drogue), d’après certaines recherches effectuées en pharmacopée. Cette plante, que l’on retrouve principalement au Gabon (shout out to my country), BP la prend lors de son intronisation en tant que roi et en subit tous les effets (transcendance et vision de son père décédé, qui le guide).

D’ailleurs, cette cérémonie d’intronisation se rapproche beaucoup plus d’une cérémonie initiatique Bwiti que d’une simple prise de pouvoir.

Autre clin d’œil à la culture africaine ancestrale, les tribus du royaume du Wakanda sont toutes affiliées à un animal précis : il y a la tribu de la panthère, celle des gorilles, des rhinocéros, etc… Comment ne pas faire le parallèle avec nos totems animaliers ? Tout africain (je pense) a un totem animalier. Cela va du serpent au sanglier, en passant par l’éléphant et le perroquet. Tout dépend de la famille, mais surtout du clan auquel on appartient.

Avec toutes ces allusions à peine voilées, j’ai pensé que l’on s’arrêterait là. Mais en fait non. BP va encore plus loin. A travers Black Panther, il y a un véritable retour dans l’histoire précoloniale de l’Afrique, et c’est à ce moment que tout diopiste (amateur des recherches du Pr Cheikh Anta Diop) se reconnaitra (shout out to all my diopists) !

En réalité, Black Panther est un aveu de l’histoire, et une version fantastique de l’empire du Dahomey du XVIII ème siècle. Le Dahomey (actuel Bénin) évoque surtout le roi Béhanzin qui a lutté, longtemps, face aux colons, avec à ses côtés ses redoutables Béhanzines, ou Amazones, qui étaient des guerrières implacables. Ces Amazones, on les retrouve aussi dans BP, dont la cheffe de file est jouée par l’excellente Danai Gurira (Okoye).

En dépit de la croyance populaire qui laisse penser que l’homme noir vivait encore sa transition néolithique avant l’arrivée des colons, sachez une chose importante : en Afrique, nous avions déjà notre organisation sociale, économique et politique ! BP, c’est un peu une hyperbole de cette Afrique-là, selon moi.

Aussi, la supériorité technologique qu’aurait le Wakanda, et qu’il ne faudrait pas qu’on lui vole, m’a fait penser aux origines africaines des fractales et du binaire. Oui, si vous ne le saviez pas, les fractales et l’écriture binaire, booléenne, viennent d’Afrique. Pour en savoir plus, je vous invite à regarder l’extrait ci-dessous de l’émission Bienvenue chez les Terriens, au cours de laquelle Jacques Attali aborde ce sujet bien trop méconnu.

https://www.youtube.com/watch?v=KX3X49_3SHM

Enfin, et parce que malgré tous ces points positifs, BP reste un blockbuster américain, et que Hollywood doit continuer à être le garant de la propagande à gerber pro-américaine (The American way of life, disent-ils), il y a un énorme bémol dans ce film. Un bémol aussi grossier qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine si vous voyez ce que je veux dire. Bien que le Wakanda soit un royaume souverain, qui s’auto-suffit, et qui est bien supérieur à tous les autres pays de l’univers Marvel, à la fin, BP décide quand même de s’unir avec le reste du monde, et de partager ses ressources et ses savoirs pour le bien collectif… Rien qu’en l’écrivant, ça me donne des remontées gastriques (LA GERBE), et des haut-le-cœur !

Je commençais à peine à retrouver toute ma foi en l’humanité quand BADABOUM, tout s’est effondré : les délires mondialistes des occidentaux ont finalement pris le dessus sur tout le positif que j’ai pu voir pendant deux heures.

Ma conclusion : Black Panther est DEFINITIVEMENT un film à regarder. Un film à regarder et à décortiquer, car il vaut le détour, surtout si au-delà du divertissement, vous y ajoutez de la réflexion. Je le recommande. 🙂

2 Commentaires

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  1. 1
    Ida

    J’adore cet article, et j’ai même amené Jay regarder le film. Cest important que la jeunesse prenne pour model des figures positives

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