[UK] Why I’m no longer talking to white people about race – Reni Eddo Lodge

Bonsoir par ici (ou bonjour). J’espère que vous vous portez tous bien ! Quelques semaines après avoir lu cet essai, qui est le premier livre de Reni Eddo Lodge, je trouve enfin deux minutes heures à moi pour vous en parler.

Reni Eddo Lodge est une jeune femme, journaliste, avec des centaines d’articles à son actif pour The New York Times, Daily Telegraph, Guardian, Independent, Dazed, et bien d’autres. Elle est Noire, Britannique, née en Angleterre, et d’origine Nigériane.  Ces précisions valent le détour parce que cette jeune femme de 24 ans, au moment où elle écrivait ce livre, a pris la décision de ne plus parler de races avec des personnes blanches.

Pré-requis 1: Que vous soyez blanc, jaune, rouge, noir, ou même un petit bonhomme vert avec des antennes, je vous invite, avant de poursuivre la lecture de ce billet, à (re)lire la définition du mot RACISME en cliquant juste ici. C’est bon, c’est fait ? Super. Merci Wikipédia.

Pré-requis 2: « Pro-black doesn’t mean anti-white ». J’ai jugé bon de vous rappeler que ce n’est pas parce qu’on défend sa communauté qu’on est de facto contre une autre communauté. Ça veut juste dire qu’on s’aime suffisamment pour se protéger les uns les autres quand la Justice et le Système, eux, ont cessé de le faire (ou devrai-je dire ne l’ont jamais fait !)

Maintenant que tout est mis à plat : LET’S GO, les amis <3

Le livre commence avec une anecdote assez intéressante. Reni Eddo vient d’entrer à la faculté de littérature, avec une amie (blanche), et suit avec elle un cours d’histoire coloniale de la Grande-Bretagne. Dans ce cours il est question de traite négrière, d’esclavage, de colonisation, de pillages de ressources naturelles et de tous les génocides humains et économiques commis par l’Angleterre. Quelle n’a pas été sa surprise de voir son « amie », après quelques cours, changer de module car, d’après ses dires, celui-là « ne lui convenait pas ». Ce moment a agi tel un catalyseur pour l’autrice. Son amie, blanche, pouvait se permettre, elle, de ne pas vouloir savoir ce qu’il en est de cette Angleterre qui tue, vole, maltraite, sans jamais entamer un processus de réparations. Elle pouvait se permettre de fermer les yeux sur ce passé sanglant, et continuer à dormir sur ses deux oreilles : parce qu’elle ne se sentait pas concernée. Parce qu’elle est blanche. A partir de ce constat, et de plusieurs autres exemples qui ont suivi dans sa vie, elle a pris la seule solution qui s’imposait à elle à cet instant. Ne plus parler de races avec des personnes blanches, des personnes blanches qui ne se sentent pas concernées, et qui souhaitent continuer à évoluer dans un monde où leur seul confort matériel et moral prédomine.

A travers 7 chapitres, elle aborde sans langue de bois la problématique raciale en Angleterre, qui reflète, en fait, un mal commun aux pays occidentaux (USA, France, Allemagne, Belgique).

  • Histories (Histoires)
  • The System (Le système)
  • What is White Privilege? (Qu’est-ce que le privilège blanc?)
  • Fear of a black planet (La peur d’un monde noir)
  • The Feminism Question (La question du féminisme)
  • Race and Class (Race et Classe sociale)
  • There’s no Justice, There’s just Us (Il n’y a pas de justice, il y a juste Nous)

Dans Histories, il est question de retracer toutes les affaires judiciaires, les racial riots (émeutes raciales), les meurtres et accusations à tort, où des Noirs étaient impliqués. Et des cas comme ça, il y en a eu à foison. Il y a eu, fait le plus marquant, l’assassinat de Stephen Lawrence, jeune homme noir de 18 ans, lynché à mort par un groupe de 5 adolescents blancs du même âge en 1993. Les suspects, dès les débuts de l’enquête, avaient été appréhendés, puis relâchés faute de preuves… ou plutôt suite à une dissimulation de preuve et une négligence avérée des forces de polices britanniques. Ce n’est qu’en 2012, soit 19 ans plus tard, grâce à l’acharnement de la mère de Stephen, que Justice lui est ENFIN rendue : deux des cinq suspects ont été déclarés coupables de ce meurtre et ont écopé d’une peine de prison à vie. Le rapport du procureur général Sir William MacPherson disait notamment ceci : « The investigation into the death of Stephen Lawrence was marred by a combination of professional incompetence, institutional racism, and a failure of leadership by senior officers’ » (“l’enquête sur la mort de Stephen Lawrence a été entachée par une combinaison d’incompétence professionnelle, de racisme institutionnel, et l’échec des chefs de polices.”).

Ensuite, dans The System, et What is White Privilege, il est question de ce cocon, ou plutôt ce piédestal, duquel les Blancs ne voient pas tout le système qui nous entoure et nous étouffe. Ce système qui les favorise ou du moins les protège, quand nous, personnes de couleurs et surtout Noires, devons travailler deux fois plus, prouver deux fois plus, pour nous faire une place. Par des faits, des recherches, et études statistiques, Reni Eddo Lodge prouve la véracité de chacun de ses propos (je rappelle que c’est un essai avec une portée sociale, mais basé sur des FAITS. Ce n’est pas de la science-fiction, et ce ne sont pas d’obscures théories victimisantes : un exemple, une donnée, avec la source correspondante ou la personne concernée, viennent étayer CHAQUE argument avancé.)

Par exemple, The Equalities and Human Rights Comission a rapporté en 2009 que les hommes noirs étaient injustement sur-représentés dans The National Criminal Intelligence DNA Database. Dans cette base de données de criminels et potentiels criminels, il y avait 10 % de blancs, 10% d’asiatiques et 30% de noirs pourtant sur ces 30% la moitié n’avait pas de casier. Quel est leur crime, et pourquoi sont-ils fichés ? Peut-on considérer alors qu’ils sont juste accusés d’être… Noirs ? Bref, c’était pour vous montrer de façon succincte le type d’analyse et données certifiées, qui ont amenés cette talentueuse journaliste noire  à écrire un livre sur les discriminations raciales.

“We tell ourselves that racism is just about moral issues, when instead is about the survival strategy of systemic power.”

Fear of a Black Planet, c’est bien sûr la théorie farfelue du grand remplacement, parce que, c’est bien connu, les Noirs ne savent que procréer. Et nous le faisons à une vitesse telle que des politiques et beaucoup d’Anglais (dont Nick Griffin du British National Party) manipulent l’opinion publique et ont réussi à faire germer l’idée selon laquelle les Noirs finiront par envahir « leur pays ». Ce Nick Griffin a même dit en 2009, je cite, que les blancs deviendront une minorité ethnique en UK (assertion sortie tout droit de son chapeau de raciste bien sûr). Et les gens, la masse populaire comme on dit, s’y sont accrochés. Pourtant, en Angleterre, 81,9% de la population est britannique ET blanche. Comment peuvent-ils craindre les Noirs, au point de réfuter les statistiques des institutions de LEUR pays ? Un seul mot : BIGOT !! (Facho !!)

La question du féminisme (The Feminism Question), elle, concerne ce courant de pensée qui soutient que le féminisme, pour les femmes colorisées, est intrinsèquement relié à la question raciale. Et en tout bien, tout honneur, je ne peux qu’acquiescer. Je m’explique (et j’en profite pour expliquer Reni Eddo Lodge 🙂 ). Les femmes noires ne vivent pas leur féminité de la même façon que les femmes blanches, et ne sont pas confronter à leur féminité de la même façon. Connaissez-vous beaucoup de femmes blanches excisées, dans des mariages polygamiques, qui sont prises pour des femmes de ménage ou des stagiaires dans des entreprises ou elles sont en fait juristes, comptables, etc. ? Connaissez-vous beaucoup de femmes blanches qui sont pressées par leur famille d’être mariée et maman avant 30 ans, et qui sont hypersexualisées, tropicalisées (le fameux “charme exotique”) et victimes de remarques douteuses par la société ? Personnellement, je n’en connais pas. Ce que l’autrice cherche à faire passer comme message ici, c’est que l’afro-féminisme n’est pas un mouvement dangereusement communautaire. C’est un mouvement qui reconnaît que la femme noire a face à elle des défis qui nécessitent une approche différente du féminisme tel qu’il est aujourd’hui (sérieusement, vous pensez que c’est avec l’action des femen, que les exciseuses changeront leurs façons de faire ? *side eyes*)

“I’d grown up with white friends who had assured me that they ‘didn’t see me as black’ and that I ‘wasn’t like other black people ‘. Up until then, I’d understood myself as someone who was ‘pretty for a black girl’, as someone who ‘spoke well for where she came from’. I couldn’t quite understand why these distinctions were made, but I had the feeling it was to do with class, education – and latent racism.”

Enfin, Race and Class et There’s no Justice, There’s just Us est juste une analyse de plus de la stratification de la société en couches pauvres, moyennes, et riches, mais aussi comment chaque classe s’uniformise incroyablement par COULEUR. La ghettoïsation des noirs après l’esclavage n’est un secret pour personne. Les noirs restés en Occident après la traite négrière, la Première et la Seconde Guerre Mondiale ont tous été parqués dans des quartiers décentralisés, à peine habitables, et d’où leurs chances d’en sortir étaient proches de ZERO. Appelés ghettos dans les pays  anglophones et Zone à Urbaniser en Priorité (ZUP) en France, ces mots ne servent qu’à décrire une seule et même chose : ces banlieues où les habitants sont majoritairement des immigrés et « britanniques d’origine… français d’origine… » En général, le taux d’échec  et abandon scolaire y est le plus élevé. Y-a-t’il une corrélation entre leurs origines et leur insertion dans la société ? Oui, complétement. Le nier reviendrait à être aveugle. Mais bon… Il paraît que vivre avec des White Privileges obstrue considérablement la vue 🙂 (ok, now I’m sarcastic. Sorry.) Les noirs ne manquent pas d’intelligence, de talents, ou ne sont pas plus investis dans l’illégal que d’autres. Non. Mais les noirs sont définitivement ceux à qui on offre le moins d’opportunités, de crédit et de visibilité.

I still think there is a communication gap, and I’m not sure if we will ever overcome it. Even now, when I talk about racism, the response from white people is to shift the focus away and on to a conversation about what it means to be black, and about ‘black identity’. […] they won’t properly engage in the conversation, instead complaining that people mustn’t divide themselves off into small groups, and that we’re all one race, “the human race”.

Eeeeet, c’est à partir de ce moment que je m’éloigne un petit peu du livre, pour vous dire ce que j’en pense (j’ai déjà commencé à dire ce que j’en pense… mais pas suffisamment lol). The human race. La race humaine. Aujourd’hui, on nous sert cet argument à toutes les sauces, surtout les plus indigestes. Les gens disent : « Nous ne devons pas parler de racisme, de races, parce qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine. »

Boo boo, let me tell you something (Chéri-e laisse-moi te dire quelque chose). A partir du moment où nous sommes traités différemment, de par le monde, par rapport à notre taux de mélanine, et bien nous pouvons considérer qu’il n’y a pas QUE la race humaine. A l’origine, pour les adeptes des théories darwiniennes, nous étions peut-être tous des Néerdenthaliens recouverts de poils, mais nous en sommes loin, désormais. Donc oui, nous sommes tous humains, mais non nous ne sommes pas tous traités équitablement. Et le facteur de cette iniquité et inégalité : le taux de mélanine. Que nous soyons en Chine, en Libye, au Brésil, en France, en Inde, ou en UK, ce sont les mêmes causes, les mêmes effets : notre couleur de peau nous condamne ou du moins nous enferme dans une case de laquelle il est difficile de sortir.

Tant que le monde sera fait ainsi, je considérerais qu’il y a des RACES. Autant dire que c’est parti pour durer alors 🙂

Par ailleurs, ce concept de « we are all one race » est très occidentalo-occidental (excusez le néologisme ET pléonasme). Il est tellement difficile (pour eux) d’accepter les communautés et les couleurs dans leur entièreté, qu’il faut forcément les intégrer à quelque chose de plus global. Je m’explique. (En général quand je dis ‘je m’explique’ j’ai tendance à perdre encore plus mon interlocuteur lol ça s’annonce joli tout cela !) En France par exemple, l’idée d’intégration a fait son petit bout de chemin jusque dans le cœur des Français. Pour être un bon français, et non pas juste un immigré qui profite des allocations (bouuuh le méchant immigré), il faut être in-té-gré. Il faut parler un français soutenu, sans accent de préférence, être athée serait un plus, chrétien encore mieux, et apprécier regarder Ruquier et Drucker à la télévision. C’est cliché peut être mais c’est pour vous montrer que tant que nous ne serons pas intégrés assimilés, nous ne serons pas acceptables dans ces pays. Ce n’est que lorsque nous sommes proches des Blancs de façon tout à fait conceptuelle, que nous devenons acceptables. L’idée de ‘we are all one race ‘ ne pouvait que les séduire : plutôt que d’accepter et d’assumer les différences de tout un chacun, c’est beaucoup plus facile de tous nous globaliser.

Non, nous n’avons définitivement pas la même notion de TOLERANCE.

Et pendant que nous y sommes, je vais parler de cette petite pensée qui a déjà dû traverser votre esprit au moins une fois depuis la première ligne de ce billet, surtout si vous êtes blanc(he) ou métis(se) : “qu’en est-il du racisme des noirs envers les autres groupes ethniques ou racisme inversé ?”

Alors. Je ne vais pas dire que pour moi le racisme inversé n’existe pas… mais pour moi le racisme inversé n’existe pas ! Je vous invite à vous souvenir de la définition du racisme plus haut (pré-requis 1). Si malgré mes recommandations vous ne l’avez pas lue, c’est peut-être le moment de le faire.

Pour faire simple, nous, Noirs, sommes jusqu’à preuve du contraire le seul groupe ethnique à ne pas avoir hiérarchisé les races, au point d’institutionnaliser cette différence. Au point d’en faire un motif de discriminations à l’encontre de millions de personnes à travers le monde et à travers les décennies siècles. Le jour où nous, Noirs, mettrons en esclavage, pillerons les ressources d’autrui, coloniserons, jetterons dans des ghettos, discriminerons, sur la base d’une hiérarchisation des races (je le souligne vraiment : hiérarchisation des races), eh bien à partir de ce moment, seulement, nous pourrons accepter d’être traités, pour certains, de racistes. En attendant… c’est loin d’être le cas *sipping my cup of tea*.

Enfin, parce que je commence à être longue, et que vous commencez à vous demander si je ne suis pas, au final, raciste, tout comme l’autrice de ce livre (rappelez-vous du pré-requis 2) je vais finir sur cette note: Ne vous méprenez pas sur le but de ce super livre. Il n’est en aucun cas une ode à la mélanine, un procès des méchants blancs (qui ne sont pas tous comme ça), ou une vaste tentative de victimisation. Ce n’est pas du tout de la victimisation. C’est un éclaircissement nécessaire du débat. Une mise au point. Un apport incommensurable à la problématique raciale et identitaire par des faits. C’est une lecture qui fait l’effet d’un uppercut, mais une droite bien assénée ne vous aura jamais semblée aussi nécessaire. Lisez Reni Eddo Lodge. Sa plume est efficace, va droit au but, sans fioriture. Sa plume est VRAIE. Lisez Reni Eddo Lodge, les amis.

Lisez-la, que vous soyez africain(e) de la diaspora ou du continent. Lisez-la que vous soyez blanc ou noir. Jaune, rouge, ou vert avec des antennes.

Vous n’en sortirez que GRANDIS. Et c’est à cela aussi que sert la littérature. Non pas à diviser, mais à rassembler des opinions différentes, des personnes différentes, autour d’un même sujet.

Et maintenant… à votre tour. Que pensez-vous de ce billet ? Vous a-t-il donné envie de dévorer ce livre ? J’ai hâte de vous lire… Et merci d’être arrivé jusqu’ici 🙂

6 Commentaires

Ajoutez les vôtres
  1. 1
    sweetaymm

    WO WO WO… Je ne vais pas mentir, je n’ai pas tout lu. Il y avait trop de mots et peu d’aération. Sorry, mais je crois comprendre le sens, entre na notion de racisme et de afro-descendance car c’est là le débat, les afrodescendance ont une monté de patriotisme ou du moins d’amour de leur origine.

    • 2
      Izuwa

      Hello, sweetaymm. Trop de mots et peu d’aération, c’est noté. Je ferai un effort pour le prochain article. Merci pour ce retour. Par contre j’ai du mal à comprendre la relation entre racisme, afrodescendance, patriotisme…

  2. 3
    Karyne

    J’ai lu sans m’en rendre compte j’aime bien ton analyse. Et cette amnésie de mes parents blancs me choque toujours. Ils ne sont pas concernés alors que dans leurs actes, et remarques de tous les jours sans forcément en être conscients ils pratiquent le racisme envers les noirs.

    • 4
      Izuwa

      Merci beaucoup pour ce retour Karyne <3 Heureusement, tous les "Blancs" ne sont pas comme ça. Mais nous devons continuer de parler de ce racisme latent, pour essayer de vivre, en tant que noirs, asiatiques, latinos, blancs, dans un monde qui accepte la DIVERSITE.

  3. 5
    CEO

    Au début, je ne pensais pas que je lusse complètement l’article mais je l’ai fait au bout du compte grâce à la qualité d’écriture, au choix des mots. J’y trouve de l’humain, du vrai. Surtout, l’intégration de phrase avec un ton d’humour m’a définitivement détendu. “Alors. Je ne vais pas dire que pour moi le racisme inversé n’existe pas… mais pour moi le racisme inversé n’existe pas !” J’ai lu et relu ce passage à trois reprises, et j’en ai rigolé à trois reprises. Merci de me détendre un mercredi matin.

    Par ailleurs, l’article élargit ma réflexion sur le racisme et soulève chez moi l’intérêt d’une étude psychosociale approfondie (sur plusieurs années) des comportements et considérations interraciaux entre noirs et blancs sur chaque continent. Les conclusions seront très instructives pour l’humanité.

    Enfin, je pense qu’un changement de style de rédaction n’est pas nécessaire.Tous ces mots trouvent leur place et sont suffisamment “aérés”.

    • 6
      Izuwa

      Bonjour CEO!! Une étude psychosociale sur les comportements noirs blancs dis tu? N’hésite pas à me contacter sur mon facebook pour m’en dire plus, je ne demande qu’à apprendre davantage sur le sujet. Merci d’avoir tenu bon tout au long de mon verbiage passionné lool

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