[Nigéria] Ma soeur, serial killeuse – Oyinkan Braithwaite


Ma soeur serial killeuse - Oyinkan

« Maman! Elle a parlé! La poupée parle!

– Ce n’est pas une poupée, Korede. C’est un bébé. Ta petite sœur. Et toi, maintenant, tu es une grande sœur, Korede. Et les grandes sœurs veillent sur leurs petites sœurs. » p.141

Dans ce roman, Korede n’est autre que la grande sœur de la divine Ayoola. Ce rôle de grande sœur, elle l’a pris à cœur. Bien trop tôt. Bien trop jeune.

Quand il s’agit des petites bêtises que l’on commet étant enfants, de la vaisselle cassée ou de l’existence d’un petit copain au collège, c’est normal de couvrir sa sœur. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de meurtres à répétition ? D’erreurs commises encore et encore, suivant le même modus operandi et avec la même arme ? Qu’en est-il lorsque la petite sœur que l’on s’évertue à protéger depuis sa plus tendre enfance se révèle être une envoutante succube qui tue ses amants sans l’ombre d’un remord ?

Ma soeur serialkilleuse - lettresnoires.com
Première page du roman – Ebook Kindle

« Les parents et les proches les plus affectueux perpétuent leur crime le sourire aux lèvres. Ils nous forcent à détruire la personne que nous sommes vraiment : une variante subtile de meurtre » disait Jim Morrison. Il n’y a rien de plus vrai, surtout concernant ce roman où Korede ne cesse d’éviter à sa sœur la prison en nettoyant derrière chacun des meurtres commis. Son obstination à vouloir sauver sa petite sœur, pourtant consciente de ses crimes, me rappelle que nous avons le devoir de nous protéger nous-mêmes avant de prétendre pouvoir sauver quiconque. Le prix à payer pour les erreurs d’Ayoola est fort, et je continue de penser que toute relation toxique mettant en péril NOTRE santé mentale, notre équilibre personnel, ne mérite pas d’être entretenue. Quand bien même cette relation serait familiale.

Aussi, tout le long de ce roman, j’ai été outrée par le comportement de leur mère qui entretient cette relation malsaine en rappelant sans cesse à Korede ses « devoirs de grande-sœur », envers et contre tout. Depuis quand le fait d’être né(e) en premier retire le droit d’être libre de tout engagement envers une sœur égocentrique, frivole (am i slutshamming her?), superficielle, et comme si cela ne suffisait pas, PSYCHOPATHE ?

A dire vrai, j’ai rarement autant détesté un personnage que celui d’Ayoola, la serial killeuse. J’ai passé 228 pages à être agacée par elle (no joke)! Quelle épreuve !! Cette jeune femme a le monde à ses pieds et tout pour elle. Belle à damner un Saint. Belle à damner Korede, surtout.

« La ressemblance est indéniable – nous avons la même bouche, les mêmes yeux – mais Ayoola ressemble à une poupée Bratz, et moi à une figurine vaudou. » Korede, p. 63

Korede n’a aucune confiance en elle. Certes, elle est consciente d’être intelligente et compétente à son poste d’infirmière, mais physiquement Korede n’hésite pas à se comparer à sa petite sœur et à se flageller. Pour moi qui suis convaincue qu’il y a toujours quelque chose de beau en nous, un sourire, un regard, un afro volumineux… cela m’était difficile de voir une si belle âme se dévaloriser autant. Aucune femme ne mérite de se sentir aussi insignifiante. Face à quiconque. Même pas face à sa sœur.

« J’ai toujours estimé qu’il était vain de chercher à masquer mes imperfections. Tout aussi vain que de vaporiser du désodorisant dans les toilettes avant d’en sortir – au final, inévitablement, ça sentira juste la merde parfumée. » Korede, p. 81

Korede est dure envers elle-même. Cependant, quand on a grandi dans une famille telle que la sienne, comment ne pas se méprendre sur qui on est ?

Oyinkan Braithwaite - Ma soeur serialkilleuse
Oyinkan BRAITHWAITE, autrice de “Ma soeur serialkilleuse”

La grande leçon que je retiens de ce roman, qui est le premier de l’autrice nigériane Oyinkan Braithwaite, c’est que si une relation te fait du tort, si elle met en péril ta stabilité financière, mentale, sentimentale : SORS DE LA ! ELOIGNE TOI DE CETTE PERSONNE SANS PLUS TARDER! (Trop d’émotions, désolée). N’attends surtout pas le point de non-retour (qui finit toujours par arriver) ou le mental breakdown.

« Chez nous, la petite bonne et moi-même assurons l’essentiel des repas ; ma mère cuisine, elle aussi, mais moins souvent que du temps où il était encore là. Quant à Ayoola… ce serait intéressant de savoir si les efforts qu’elle peut consentir se cantonnent ou pas à glisser une tranche pain dans le grille-pain. » Korede, p.81

En dépit du détestable personnage qu’est Ayoola, j’ai pu apprécier ce roman grâce à l’humour ravageur de l’autrice, distillé ici et là au fil des pages, et une ultime question qui me tenait en haleine : Va-t-on enfin découvrir que c’est Ayoola qui se cache derrière ces disparitions ?

Alors, vous laisseriez-vous tenter par ce roman hautement agaçant, mais ô combien divertissant ?

P.S : Je vous laisse avec cet excellent article du Huffington post. Il passe au peigne fin les 10 méthodes pour gérer intelligemment les personnes toxiques, même si elles s’avèrent faire partie de votre cercle familial ou amical.

Merci d’être passé.

Titre : Ma sœur, serial killeuse

Autrice : Oyinkan Braithwaite

Editeur : Delcourt

Nombre de pages : 228

Formats de lecture : Papier & Ebook

Où se le procurer : Amazon, Fnac

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